La médiation équine comme outil thérapeutique

En quoi un cheval peut-il participer au traitement d’un patient ? Comment la présence de cet animal peut-elle permettre une évolution positive des troubles physiques et-ou psychiques d’un adulte ou d’un enfant ? Quels sont les principes de la médiation équine ?

La médiation équine comme outil thérapeutique
Angélique et Ganesh

Les principes

Au cours des séances de médiation équine, le cheval est un intermédiaire relationnel entre le patient et le thérapeute. Il n’est pas en soi un thérapeute ni même un médiateur. Il est le support grâce auquel la médiation va être possible, car elle existe à la seule condition que le soignant reprenne, verbalise, donne du sens à ce qui se joue pendant la séance. Comme pour les autres thérapies médiatisées, il s’agit d’un décryptage des symbolisations, tout autant que d’un accompagnement vers la symbolisation. La différence avec la pâte à modeler ou la peinture traditionnellement utilisées dans les thérapies médiatisées réside dans le caractère non « malléable » du cheval et la nécessité de respecter les contraintes de sa présence. L’originalité de cette approche est peut-être bien là : le patient peut rêver, imaginer, projeter un peu de son histoire dans le cadre offert par la médiation, près du cheval ou sur lui. Mais il se confronte en même temps à la réalité de « l’objet » médiateur qui se trouve être à la fois vivant, communiquant, sociable. L’animal impose sa présence à l’individu selon ses qualités physiques propres (stature, aspect, odeur…) et ses qualités abstraites (modalités relationnelles), qui ont l’avantage d’être constantes. Le cheval ne juge pas la personne selon son aspect physique, son attitude ou ses pensées « bizarres ». Il réagit au comportement de l’individu selon qu’il le perçoit comme menaçant ou non, source d’inconfort ou de plaisir. À ce titre, il fait preuve d’une certaine régularité dans son comportement et dans les réponses qu’il fournit aux sollicitations, posant des limites immédiates et clairement identifiables. Il permet alors au patient de mieux repérer les comportements adaptés en fonction des contextes et, ainsi, d’aborder ce qui relève des codes sociaux, tout en laissant libre cours à son expression, quelle qu’elle soit, dans un cadre contenant.

Communication

La communication non verbale de l’animal permet un échange plus transparent, dans lequel les problèmes d’interprétation liés à la polysémie du langage n’ont pas cours. C’est peut-être pour ces raisons que lorsque la communication est « réussie », l’individu a le sentiment d’une complicité avec l’animal, de l’ordre d’une communication quasi « télépathique », fusionnelle, d’autant plus que celle-ci passe essentiellement par le corps. Lorsque le patient est sur le cheval, homme et animal ne font plus qu’un, dans un même mouvement. La façon dont ce portage est accepté, recherché, testé par le patient, est une information précieuse pour le soignant qui pourra adapter son intervention. Dans ce mouvement régressif, le but du thérapeute est d’aider le patient à se reconstruire dans un environnement sécurisant, en favorisant les expériences et les sensations agréables.

De manière générale, le plaisir éprouvé semble être un bon moteur pour motiver les personnes, parfois difficiles à mobiliser dans d’autres contextes. Les apprentissages ainsi effectués dans un cadre ludique et valorisant peuvent contribuer à l’amélioration de l’estime de soi.

Intérêts et limites

L’un des intérêts de ce type de prise en charge est de pouvoir être proposé à la plupart des individus, quel que soit leur âge, et de concerner de nombreuses pathologies physiques ou mentales, ou seulement des fragilités ponctuelles. Les axes de travail peuvent être très variés et s’adaptent à beaucoup de problématiques. Généralement, les enfants constituent la population la plus ciblée par ce type de médiation. L’intérêt supposé des enfants pour les animaux en est peut-être la raison. De plus, l’aspect ludique du dispositif constitue certainement un atout lorsqu’il s’agit de travailler avec des enfants pour lesquels les équipes doivent redoubler d’ingéniosité et d’imagination dans le but d’éveiller leur intérêt (et le maintenir !). Les prescriptions médicales concernent le plus souvent les enfants souffrant de troubles envahissants du développement, de troubles de conduite et de comportements d’opposition, et de troubles de l’attachement.

Comme le jeu ou les médiations dites « plastiques », la médiation équine ne requiert pas un niveau de langage élaboré. La communication est essentiellement non verbale, ce qui facilite la relation, notamment pour de jeunes enfants ou des personnes plus âgées qui n’ont pas accès au langage. Lorsque les mots ne sont pas pertinents, les ressentis corporel et émotionnel représentent un bon moyen pour établir un contact.

Bien sûr, la médiation équine n’est qu’une réponse parmi d’autres, et il existe d’autres médiations animales à visée thérapeutique. Les plus connues impliquent le chien ou le dauphin, mais le cheval a l’avantage d’être à la fois assez facile d’accès et de pouvoir être monté, ce qui n’est pas le cas des deux exemples précédents. En effet, les exercices sur et à côté du cheval permettent de travailler la motricité globale, la motricité fine, le tonus, la latéralisation, la coordination ainsi que les aspects sensoriels.

Le respect des règles nécessaires au bon déroulement de l’activité (règles de sécurité, consignes, respect du groupe, de l’animal…) sont des éléments importants de cette prise en charge qui mobilise corps et esprit, ce qui en fait un outil intéressant pour les personnes en rupture sociale.

Malgré ces points positifs, il ne faut pas croire que la médiation équine soit la solution miracle à toutes les difficultés. Certaines personnes ne parviennent pas à se saisir de ce dispositif qui, dans certains cas, se révèle être un échec. Comme dans tout processus thérapeutique, il peut survenir des résistances qui se manifesteront parfois par un rejet violent qu’il faudra analyser. S’il peut parfois être intéressant de travailler ces résistances tout en poursuivant la prise en charge, il faut aussi savoir arrêter si la personne se met trop en danger, ou si elle constitue un danger pour les autres et pour l’animal.

Quelques photos